Une soirée à la montagne

Samedi soir, 17 h, j’admire les rives du lac Hertel et les pentes du Mont-Saint-Hilaire. L’air est frais, ça fait du bien. Je marche dans le sentier en tentant de réviser un conte (L’homme qui n’avait pas d’histoire, d’après Mike Burns). Un peu plus loin, une mère et ses deux enfants me regardent approcher. La petite fille à l’air de se demander qui est ce monsieur qui parle tout seul. Son petit frère ne bronche pas, endormi sur le ventre de sa mère. «Êtes-vous là pour la soirée de conte?» Ils étaient venus pour la nature, ils resteront pour le conte.

Une demi-heure plus tard, je rencontre mes compagnons d’armes. Francis Desilets, membre de la fraternité des conteurs barbus sera l’autre gars de la soirée, Isabelle Crépeau, Christine Mayr et Claire Mallet en seront les dames. Je retrouve avec plaisir Claire avec qui j’ai conté au Cercle des Conteurs des Cantons de l’Est. Comme toujours, Claire s’accompagne à la guitare, à moins que ce ne soit le contraire. Anne-Marie Aubin, responsable du recrutement des conteurs, est également du rendez-vous.

L’une des responsables du Centre de la Nature Gault, Maude, nous explique le plan B (le plan A était sous les étoiles, le B sous la pluie). Les spectateurs seront divisés en trois groupes et ils profiteront d’un bon feu de foyer dans les chalets de la montagne. Ce sont les conteurs, comme les quêteux d’autrefois, qui se déplaceront d’un lieu à l’autre. Si les étoiles avaient été de la partie, j’aurais eu mon feu à moi et y aurais accueilli les gens. Mère nature étant d’humeur pluvieuse, nous resterons encabané.

Je conte avec Claire et, d’un commun accord, elle débute le tour de conte. Les dames d’abord. Les notes de sa guitare captent l’attention du public, le feu les hypnotise et les mots les font rêver. J’ajoute quelques bûches dans le foyer. On se sent homme lorsque l’on joue dans le feu, ça ramène à nos racines. Près du feu, sur une petite table, une citrouille sourit. «Qui connaît l’histoire de La Famille Citrouillard?» Personne. Parfait!

J’ai conté mon histoire trois fois ce soir-là devant trois publics gagnés d’avance et abreuvés de chocolat chaud. Les yeux des enfants étaient grands ouverts ou complètement fermés selon leur âge et l’heure de la soirée. J’ai eu la chance de conter L’homme qui n’avait pas d’histoire et quelques histoires de Nasr Eddin Hodja (que j’ai adapté à la sauce fou du village). Entre chaque tour de conte, l’air frais de la montagne me réveillait, m’énergisait. Les mots coulaient et les images s’envolaient dans l’imaginaire de chacun.

En fin se de semaine passé, nous nous disions qu’il fallait sortir les contes de la scène, du spectacle. Voilà une formule gagnante : conté à la montagne. Ce n’était pas un spectacle, plutôt une activité familiale, un partage, une rencontre. J’ai quitté la montagne le coeur léger, fatiguer d’avoir bien conter, des sourires dans les yeux.

Merci à Anne-Marie Aubin et à toute l’équipe du Centre de la Nature Gault (Maude, Kees et les autres) pour cette bonne idée, ce bel accueil et tous ces moments magiques. L’an prochain, conteur ou spectateur, j’y retourne.

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