Inspiré pendant une suppléance

Les suppléances sont l’occasion pour un enseignant d’arrondir les fins de mois et de rencontrer de nouveaux élèves. Ce matin, j’ai fait une suppléance en art. J’avais un peu peur d’avoir à gérer des bouteilles de gouaches et des pinceaux sales, mais il n’en fut rien. Les élèves de deuxième secondaire devaient plutôt faire un dessin à partir d’une silhouette… Un travail facile pour une suppléance sans problèmes.

Les suppléances sans problèmes ont le grand avantage de laisser un peu de temps au suppléant pour faire autre chose qu’enseigner. Les élèves dessinaient et discutaient dans le calme (enfin, c’est relatif). C’est que ça jase des petits de deuxième secondaire! Perdu dans leurs dessins et leurs placotages, ils m’ont laissé le loisir de sortir mes feuilles de notes et de réfléchir à mes contes. J’ai pris le temps de revenir sur Fort LaBière, un conte du dépanneur encore en chantier.

Toutes mes notes étaient dans mon ordinateur et mon ordinateur était dans mon sac. Sur papier, je repars à neuf. Un oeil sur les élèves, l’autre dans mon imaginaire, je réécris les grandes lignes de mon conte sur le papier jaune (le papier jaune, ça a quelque chose de magique, comme une ambiance de travail…). Je passe vite sur l’introduction du conte sur laquelle j’ai déjà trop passé de temps et je m’efforce de réfléchir au noeud du conte et à sa résolution.

Au départ, Pierrot, le héros, décidait de se cacher dans le dépanneur pendant la nuit pour démasquer le voleur. Est-ce que ce sont les discussions de mes élèves ou la couleur et la texture du papier qui m’ont inspiré, mais j’ai eu une nouvelle idée, une autre approche. Et si mon héros ne décidait pas de rester dans le dépanneur, si cela arrivait malgré lui? Comment forcer un enfant à coucher dans un dépanneur, à l’insu de tous, afin de lui faire affronter le méchant de l’histoire? Facile, il n’a qu’à s’endormir dans son Fort LaBière. Son grand-père, le boss du dépanneur, le croira reparti chez lui et le dépanneur fermera ses portes alors que Pierrot dort au fond de son château. J’ai aimé cette idée! Je l’ai noté en noir sur jaune.

Mon ami Jean-Sébastien Dubé m’avait bien dit qu’un vol de dépanneur, c’est du déjà vu dans mon univers. Cette remarque m’est restée en tête, comme un défi! Les commentaires de Jean-Sébastien ont souvent été des occasions d’améliorer mes histoires. Donc, si des voleurs ne viennent pas mettre en péril la sécurité du dépanneur, si mon héros ne peut pas les combattre, qui va venir troubler mon histoire? Pas de problème, pas d’histoire.

Et puis, une autre idée. Avant de l’écrire, je l’ai raconté aux élèves qui me demandaient s’il pouvait dessiner des super héros. J’ai une idée que je leur ai dit. Et ils ont voulu savoir.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui s’endort dans le dépanneur de son grand-père. Lorsqu’il se réveille, il voit un homme entrer dans le dépanneur et commencer à fouiller partout. En restant caché comme un fantôme, il défend le dépanneur et finit par battre l’intrus. Au matin, on découvre…

Et c’est là qu’arrive le punch!

Au matin, on découvre que l’intrus était en fait a) un agent de sécurité engagé par le Boss ou b) une personne engagée par le Boss pour venir faire l’inventaire de nuit! Bref, vous voyez l’idée. Pierrot aura fait passer un mauvais quart d’heure à l’intrus qui finalement n’était pas un danger.

Avec cette approche, je dois cependant laisser de tombée certaines idées qui ne sont plus pertinentes. Mais créer un conte, c’est souvent ça, coupé, raccourcir, laisser tomber. C’est bien de pousser un univers, un concept, le plus loin possible. Ça crée un univers, un imaginaire, et ça aide à vivre l’histoire lorsqu’on la raconte. Mais il ne faut pas tout dire au public, il faut laisser de la place à leur imaginaire. Un ami m’avait conseillé de couper une bonne partie de mon conte Mme Gagné (salut Guth!). C’est cette coupure qui a réellement donné vie à ce conte qui est aujourd’hui un de mes plus solides.

Donc, je laisse tomber mes voleurs et j’explore l’idée de l’employé de nuit, intrus aux yeux du héros. Je songe même (à l’instant) que le grand-père ne révélera pas à son petit-fils l’identité de l’intrus, lui laissant croire qu’il a vraiment sauvé le dépanneur d’un méchant voleur. Et le public pourrait apprendre ce fait à la fin du conte, donnant ainsi plus de force à mon punch.

Ho, création, quand tu nous tiens…

Et les élèves? Ils ont passé le reste de la période à dessiner, mais en se racontant tout plein d’histoire, parce que raconter des histoires, même de vagues idées de conte, ça donne le goût d’en conter, d’en raconter, d’en re-conter…

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