De l’oral à l’écrit nº 04 : torture et mathématique créatrice

Je sus présentement au Presse-Café et je travaille sur Max et la vie depuis  un gros deux heures. Internet n’est pas branché sur mon portable ni sur mon iTouch. Écouteurs aux oreilles, j’écoute ma voix me raconter mon histoire au rymthe des pause et play que je lui impose. Là, maintenant, je dois prendre une pause, je travaille bien mais suis trop chien!

Max et la vie est né d’un défi. Mon chum de conte, Jean-Sébastien Dubé, m’avait mis au défi d’écrire un conte plus dure que ce que je fais d’habitude. Après un bref sondage auprès des commis du dépanneur (Quelle est la chose la plus triste que vous avez vécu au dépanneur?), mon esprit a commencé à rassembler les morceaux pour construire une histoire triste. Je voulais que ça soit hard, que ça finisse mal. Ce serait l’histoire de Max et, comme dans la vraie vie, il n’allait pas s’en sortir.

Mais j’ai été incapable, in-ca-pa-ble, de faire ça au petit Max. J’aillais lui offrir une belle fin, une ouverture sur une belle vie, une chance de survie. Par contre, dans le conte, j’allais mettre la gomme. J’en ai tellement mis que j’ai commencé à pleurer en écrivant le conte. Voyez-vous, c’est que j’ai eu la bonne idée (la gaffe) de m’inspirer d’un petit gars avec qui j’ai travaillé un été. Son nom est Max, je n’ai pas pu changer son nom. J’ai essayé avec Fred et Joey, mais l’histoire de Max est l’histoire de Max.

À l’instant, j’écoutais la version orale du conte enregistré à Gatineau en 2006 et je crée la version écrite en même temps. Depuis ce temps, mon imaginaire a évolué, ma maîtrise du sujet aussi, et je prends le temps de revisiter mon conte, de revisiter le dépanneur et de revisiter Max.

En écrivant, on a le temps. C’est la différence d’avec un spectacle. En direct, je ne récite pas un texte appris par cœur, j’improvise sur une histoire que je connais bien. Jamais je ne raconte deux fois la même histoire de la même façon. Mais à l’écrit, on a le temps que je vous dis. On a le temps de travailler une histoire qui est drôle, on a le temps de torturer un personnage au destin tragique. Si je prends une pause, c’est qu’il faut que je respire un peu, car j’ai trop pris le temps de choisir les mots qui racontent la triste histoire de Max. Dieu que j’ai hâte d’écrire la fin pour libéré de pauvre petit. Écrire, ce n’est vraiment pas conter.

Je dirais qu’en spectacle, j’ai 80% de l’histoire dans ma tête et que j’en transmets 40% au public. L’imaginaire du public comble le 60% manquant avec ses images, ses références et  son dépanneur. C’est là toute la beauté de l’oralité. En écrivant, j’ai 99% de l’histoire dans ma tête et j’en transmets 90% dans les mots, dans le texte. Je crois que le lecteur recevra ce 90% du récit et comblera le 10% restant en créant des images dans sa tête. Conter et écouter, écrire et lire, pas la même affaire. Belle découverte que je fais là. (Les chiffres (%) sont à titre indicatif, on pourrait en reparler)

Max et la vie : 1880 mots

Il est 11h40, il me reste 20 minutes, je retourne au front.

Il est 12h40 et j’ai terminé ma première écriture complète de Max et la vie. Ouf, que d’émotions. Je vais dîner avec ma femme. reOuf!

Max et la vie: 2651 mots à relire.

À propos de MarcAndreCaron

Enseignant le jour, ce grand gaillard se change en conteur lorsque vient le soir. Auteur des Contes du Dépanneur.
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