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Je suis un grand sensible

27 novembre 2009 | 23:41

 

Ce soir, c’était le rendez-vous mensuel du Cercle des conteurs du Mont-Saint-Hilaire. Je me suis pointé au Presse Café sans trop savoir ce que j’allais conter. Je travaille présentement sur deux nouveaux contes du dépanneur: Fort LaBière et … au fait, c’est quoi le titre du conte avec Alexandrei Ivanovich? Bref, j’aurais aimé en conter un des deux, mais ils ne sont pas prêts (ou est-ce moi qui ne l’est pas?).

 

Je me suis donc assis à la grande table et j’ai commencé à parler avec tout le monde. La soirée débute et je griffonne la liste de mes contes du dépanneur sur mon pad de feuilles jaunes: la chip, Marie-Thérèse, les 3 bossus, Max, Alibobo, Mme Gagné… Je ne sais pas.

 

Puis, Pierre Lambert nous fait un conte du manoir (Rouville-Campbell). Je ne sais pas trop où s’en va l’histoire, j’écoute d’une oreille tout en tentant de me décider… puis vient la chute. C’est un conte coup-de-poing, une histoire de viol! Outch! Encore heureux que j’aille écouté d’une oreille, ça aurait pu faire plus mal encore. «Les contes ne font pas que divertir, il faut aussi qu’ils nous touchent» dit l’animateur de soirée, Albert Simon. Il fait ensuite remarquer que les peintures sur les murs sont à vendre pour soutenir une oeuvre qui vient en aide aux femmes battues!

 

Je n’ai pas trouvé mon conte, c’est le conte qui m’a trouvé: Max et la vie.

 

Sur le papier jaune, je révise, je numérote et inscris les parties de mon conte, je les place en ordre, en revisite la mécanique, l’enchaînement, la force… Je sais que j’oublie quelque chose… Relecture des notes. Oui, j’avais omis un moment important. Je refais mes notes, oh, juste le début, pour bien asseoir les images dans ma tête. Désolé pour les conteurs que je n’écoute pas vraiment, je veux être prêt.

 

La pause arrive, je passe après. Après la pause et après le banc du conteur, moment de la soirée lors duquel les conteurs qui ne s’étaient pas annoncés peuvent prendre la parole. La pause passe, je ramasse une bouteille d’eau (qui vient d’une source de Saint-Élie de Caxton!).

 

Quatre personnes se sont prévalues du banc du conteur. À la fin de chaque conte, je me tenais prêt à aller conter: trois faux départs… et un bon! «J’invite Marc-André Caron.»

 

C’est fou le nombre de choses auxquelles on peut penser en arrivant en avant: «Ok, ce conte est plus fort si je le conte après La chip à voeu. Mais je n’ai pas le temps de faire les deux. Et puis, je n’ai pas révisé la chip. Il faut quand même que je la plogue! Et puis, jeudi dernier, Guy (Lemay) m’a dit qu’il n’aimait pas les contes écrits, il préfère les menteries (il n’est même pas là, mais j’ai envie d’essayer un truc en rapport avec son commentaire). Je peux arranger ça. Suffit de faire mon intro du dépanneur «j’ai marié la fille du boss…». Ok, je prends le plancher.

 

J’ai salué les gens et leur ai demandé s’ils avaient déjà entendu mes contes du dépanneur. «Oui? Je vous ai raconté Alibobo et les quarante douleurs… Mme Gagné… Oh oui, et l’histoire de la chip à voeu! Vous savez, la chip recourbée sur elle-même avec laquelle on peut faire un voeu? Mais il faut faire attention à ce que l’on souhaite…»

 

Et j’enchaîne avec l’intro dépanneur: «Un été, j’ai rencontré une fille dans un parc. Elle allait devenir ma femme. Son père avait un dépanneur et j’y ai travaillé. Je vous raconte des choses que j’y ai vues… » (Bon, c’est résumé là!)

 

Tout est en place: le concept de chip à voeu est semé dans l’esprit des gens et je me place en  témoin de l’histoire… On y va avec l’histoire de Max.

 

…

 

Ouf, j’étais en feu. J’ai tout donné. J’ai vécu l’histoire avec les gens, j’ai pris mon temps, pas trop, juste comme il faut. Il y avait un banc sur lequel j’ai assis Max, il était là, tout le monde le regardait. Avec le banc, c’est tout le dépanneur qui y était.

 

En approchant de la chute de mon histoire, la chaire de poule m’a pris. Un picotement parti de mon cuir chevelu m’a traversé tout le corps. Des larmes se sont annoncées, mais je ne leur ai pas donné la chance de monter. Mes mains tremblaient. Quelle sensation! Je me suis contrôlé et j’ai livré mon conte comme il se doit, comme les gens méritent de l’entendre, de le voir.

 

Et puis fin.   Merci.   Silence.   Salutation et applaudissement.   Je regagne ma place. Puis l’émotion. Des larmes sont montées, juste un peu, deux ou trois, et sont vite passé. Une main sur mon épaule, «Tu m’as fait pleurer.» Quelques personnes se frottent les yeux, dont moi.

 

L’animateur m’a remercié et a annoncé le conteur suivant. Je n’ai pas écouté son conte, je me suis perdu dans un flou… que je ne saurais qualifier. La chair de poule m’a repris, mes mains sont devenues bouillantes, presque douloureuses, et se sont mises à trembler. Pendant quelques minutes (ou juste un instant), j’étais ailleurs, je n’étais pas là.

 

Respiration!

Un moment passe.

 

Et je suis revenu. Une chance, parce que Robin, le conteur suivant, nous a vraiment offert un beau conte dans lequel j’ai pu m’évader (Une histoire avec Jésus, très bien).

 

Wow, quelle soirée. J’étais dû pour conter.

 

Je n’ai pas vraiment de conclusion à ajouter pour le moment, juste l’envie d’écrire ce que j’ai vécu, l’envie de partager.

 

P.-S. De retour à la maison, j’ai raconté ma soirée à Sonia et là… les larmes retenues plus tôt ont trouvé leur chemin. Décidément, je suis un grand sensible.

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Conte du Dépanneur, Conteurs, Mont-Saint-Hilaire
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