Hier, veille de l’Halloween, j’ai été invité à partager mes histoires avec des adolescents à la maison des jeunes située à Notre-Dame de Stanbridge (là où ça prend deux heures pour y aller en parachute! Dixi Patrick, l’organisateur de la soirée). La route était noire, il pleuvait et la rue principale était un chantier de construction abandonné… une vraie soirée d’Halloween. Après m’être un peu perdu et déperdu en route, je suis arrivé sain et sauf.
À l’intérieur, un sous-sol où était aménagé un décor de circonstance: fantômes et monstres de carton, chandelles et noirceur. Là m’attend mon public, une douzaine d’adolescents déguisés ou en adolescent. Je sors mon livre de notes, petite sécurité, et je commence à faire connaissance. Comme mes élèves, ils parlent de leur journée, de leur école, de leur prof. Je leur avoue être prof, mais pas pour ce soir.
L’heure H: je commence à conter. Pour briser la glace et me réchauffer, je raconte quelques Nasr Eddin en version fou du village. La magie n’opère pas tout de suite, certains parlent encore (en même temps que le prof). Je sors alors de ma manche «L’homme qui n’avait pas d’histoire» et je gagne un peu plus leur attention. Le punch est bon, ça marche. La suite, un conte de peur: l’histoire de l’ami d’un ami. La petite fille perdue dans le bois qui s’avère être un fantôme et… BOU! Tout le monde sursaute, yes, ça marche encore mieux.
Bon, il est temps pour LE conte d’Halloween: La famille Citrouillard. Je commence… mais suis vite interrompu. Ça jase un peu, ce conte est peut-être un peu bébé pour des adolescents en quête d’horreur. OK, voulez-vous un conte de dépanneur? Oui! Je conte «La chip à voeu», une histoire vraie…
Ça marche, ça pogne!
C’est bientôt l’heure de la disco. Déjà? Une autre, une dernière.? OK! Voulez-vous une histoire de bossus, une histoire de loterie ou une histoire de travesti? Unanimité pour le travesti. On retourne au dépanneur: «Alibobo et les quarante douleurs». Ils écoutent. Tous.
Patrick me dit par la suite que j’ai été bon d’avoir leur attention comme ça. Ouf! J’ai toujours peur que la magie n’opère pas. Manque de confiance en moi? Et pourtant, elle opère, la magie. C’est juste que l’on remarque plus le gars qui parle que la foule qui est passionnée. De plus, on me demande si je suis libre au mois de décembre pour une fête de village. Oui, certainement, pas de problème. La magie a opéré, on en redemande!
Il y a parfois des soirées de contes qui semblent plus durs que d’autres, surtout au début de la soirée. Les fins de soirées par contre, elles, sont toujours heureuses, car la magie de la parole conteuse, millénaire, opère toujours. Même pour des adolescents le soir de l’Halloween. Surtout le soir de l’Halloween. Surtout pour des adolescents.
Merci à eux.
