Le conte et ses raisons d’être

Un jour, une bonne fée s’est présentée à moi et m’a initié au merveilleux monde du conte. Oh, je contais avant, très peu, et je n’appelais pas ça du conte. Toujours est-il que j’ai commencé à explorer et pratiquer le conte il y a six ans. On me demande parfois: C’est quoi le conte? Pourquoi tu contes? Essayer de répondre à ces questions, c’est poser d’autres questions… et trouver bien peu de réponses.

La bonne fée dont je vous parle, c’est Petronella van Dijk. Elle organisait cette année-là Rencontre internationale sur le Conte à Sherbrooke, juste avant le festival Les jours sont contés en Estrie. Je suis donc allé rencontrer les conteurs et autres intervenants du milieu pour échanger nos différents points de vue sur plusieurs questions.

J’ai assisté à quatre tables rondes :

  • Les raisons d’être du conte
  • La pratique et les conditions du conte
  • Le devenir du conte
  • La pratique domestique du conte (Sous-groupe de la dernière rencontre)

Dans les lignes qui suivent, je vais tenter de résumer ce qui s’est dit à la table ronde sur les raisons d’être du conte et d’y ajouter mon grain de sel.

Le conte et ses raisons d’être

Marc Aubaret, directeur du Centre Méditérranéen de Littérature Orale et invité d’honneur de la rencontre, explique d’abord les raisons d’être du conte en se référant à l’histoire. Il mentionne entre autres qu’au Moyen-Âge, le conte merveilleux était un objet de réflexion qui servait à mettre en place les morales. Aujourd’hui, dit-il, tout ce qui est considéré comme une valeur est en train d’éclater. Il y a cependant cette volonté de redevenir autonome dans cette relation entre notre libre pensée et la parole imposée (des médias).

Regina Machado, conteuse brésilienne, croit que la raison d’être du conte est l’apprentissage, ce qui rejoint le point de vue exprimé par Marc Aubaret. Pour elle, le conte est un espace dans lequel les gens font des choses merveilleuses, c’est un monde sans crainte. À travers la symbolique des histoires et la puissance de la narration, naît une situation d’apprentissage à plusieurs niveaux.

De son côté, Mike Burns, conteur montréalais d’origine irlandaise, conte parce qu’il n’a pas le choix : conter, c’est dans la nature humaine, comme manger et tomber en amour. Le conte permet de reculer et de regarder en avant. Je traduis cela par cette phrase que je présente à mes élèves lorsque j’enseigne l’histoire : «Pour découvrir qui tu es et savoir où tu vas, regarde d’abord d’où tu viens». Mike Burns ajoute qu’il y a deux révolutions qui font de nous des êtres humains : avoir apprivoisé le feu et la capacité de se raconter des histoires. Les dessins sur les parois des grottes de Lascaux sont des contes. «On conte parce que l’on est humain, on est humain parce que l’on conte ». Il poursuit en disant que la parole, tout comme le feu, est aujourd’hui mal utilisée. La parole est monopolisée par les médias pour servir les propriétaires. Il n’est donc pas étonnant que nous recommencions à nous conter des histoires, à reprendre la parole, puisque la grande parole des médias ne nous convient plus. «On s’est fait avoir avec la technologie, mais va falloir faire des choix!» (et vous lisez ça sur un blogue! Contradictoire non?).

Le conteur libanais Jihad Darwich avoue sans pudeur qu’il conte pour une seule et unique raison : il est amoureux du conte. Il ajoute que chez lui, le conte est là pour enseigner par la prise de conscience et non par un discours moralisateur. Il est aussi d’avis que le conte sert l’éducation : le conte permet d’apprendre en douceur. Pour lui, le conte rapproche, c’est un raccourci entre les gens, un pont… le conte apprend la liberté.

Le jeune conteur de dépanneur que je suis, dirait que le conte est à la fois un miroir et une fenêtre. Un miroir qui permet aux hommes de se voir tels qu’ils sont. Une fenêtre qui leur permet de rêver à ce qu’ils voudraient être. Fenêtre aussi sur le passé, sur les expériences de nos ancêtres. La vertu du conte réside dans la vulgarisation de la vie qu’il offre à tous. Il n’impose pas de morale, de conclusion toute faite (contrairement aux médias). Le conte offre la possibilité de penser, d’interpréter, de réfléchir et de rêver. Chacun est libre de le prendre ou de le laisser et c’est cette liberté de choix qui fait sa force. La pratique du conte, conté ou écouté, permet à chacun de s’exprimer, en paroles, en images, en rêves.

Foutues bonnes raisons d’être.

Lors de la période de questions qui a suivi les exposés des quatre invités, un questionnement est apparu : est-ce que le cinéma peut «faire du conte»? Question intéressante, mais qui a peu à voir avec les raisons d’être du conte. Aussi, je ne m’y attarderais pas ici.

Bref.

Le conte: objet de réflexion, d’apprentissage, quête identitaire, pont entre les gens, vecteur de libertés. Pourquoi conter? Pour enseigner, mais surtout pour apprendre. Pour être libre. Pour rêver. Pourquoi pas?

À propos de MarcAndreCaron

Enseignant le jour, ce grand gaillard se change en conteur lorsque vient le soir. Auteur des Contes du Dépanneur.
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