Conte en gestation

Ça y est, la piqûre m’a repris. Le goût m’est revenu. Que dis-je le goût,? L’impulsion irrésistible de créer me reprend. Depuis deux semaines, à chaque fois que j’ai une suppléance à l’école, je prie pour que les élèves aient beaucoup de travail à faire en silence et sans mon aide pour que je puisse avoir le temps de mettre sur papier mes idées. Un autre conte du dépanneur est en train de germer en moi et il ne demande qu’à sortir.

J’ai eu trois ou quatre de ces périodes bénites où les élèves, des anges, ont fait leur travail sans problème me laissant tout le loisir de gribouiller sur mon pad de feuille les idées qui me trottent dans la tête. J’ai changé le titre de ce conte au moins trois fois à date et le noeud, le problème à résoudre, s’est aussi passablement transformé d’une feuille de note à l’autre. Les 75 minutes que dure la période (moins le temps de prendre les présences et d’expliquer le travail à faire) ne sont pas suffisantes pour noter un conte au complet, ou du moins la version que j’ai dans la tête à ce moment-là. Ce qui me donne une dizaine de pages de notes pour trois versions d’un conte à naître.

Samedi matin, nous allions passer la fin de semaine du congé des patriotes à Québec pour visiter la belle-soeur. Il me fallait un cahier dans lequel consigner mes idées. Les feuilles de mon pad sont faciles à perdre et j’aime travailler dans un beau cahier. J’ai l’impression de noter mes aventures comme le faisaient les marins et les explorateurs dans leurs livres de bord. Ce genre de cahier me donne l’impression que ce que j’écris est plus précieux. Je me suis donc arrêté dans ma papeterie préférée pour m’acheter un beau cahier relié (à couverture rigide pour travailler n’importe où) et une boîte de stylo. (J’ai pris des stylos à pointes fines au lieu de médium, mais bon, j’vais m’adapter). Cahier en main, j’ai passé le trajet Mont Saint-Hilaire – Québec à penser à mon histoire et à en parler avec ma douce. Arrivé à destination, je me suis retenu de plonger dans mon cahier pour mettre sur papier les images et les concepts que j’avais dans la tête.

Lundi matin, bébé s’est réveillé à 6h30. Je me suis levé, lui ai donné son biberon, ai joué un peu avec lui et (après un bâillement bébéesque) l’ai recouché. Toute la maisonnée dormait, sauf moi. J’ai résisté à l’envie de me recoucher (et de faire plein de bruit (lit qui craque) qui aurait pu réveiller bébé) et je me suis installer à table, cahier en main. J’ai pondu la moitié de l’histoire avant que bébé recommence à gambader dans la maison avec maman et nos hôtes. L’autre moitié de l’histoire existe déjà dans mes notes et dans ma tête. Je devrais la mettre sur papier ce soir ou cette semaine.

À vrai dire, ce conte germe dans ma tête depuis quelques années déjà. La première idée m’est venue un soir d’octobre, à l’Université de Sherbrooke, lors de la soirée de clôture du Festival les jours sont contés en Estrie. Guth DesPrez, un conteur que j’estime infiniment, venait de présenter au public un conte où le jeune héros, un enfant d’à peine 7 ans, se voyait confier la tâche de garder sa petite soeur et de surveiller le chaudron sur le poêle tout en résistant à l’envie de regarder son film de cowboys à la télévision. Le conte était loufoque et nous plongeait complètement dans la tête de ce petit bonhomme de 7 ans. L’histoire se terminait bien, non sans avoir brûlé le repas. J’ai tout de suite sus que je voulais reproduire ce conte dans mon univers, dans mon dépanneur. Mais comment? Comment m’en inspirer sans copier? La réponse: laisser passer le temps.

Le temps à passé et le conte de Guth s’est tranquillement effacés de ma mémoire, celle-çi n’en retenant que la saveur, que le parfum. N’ayant aujourd’hui en mémoire que ce qui m’avait touché dans ce conte, j’ai pû commencer à écrire mon histoire sans peur de copier ma source d’inspiration. Et puis, il n’y a pas que l’histoire de Guth qui entre dans ce nouveau conte du dépanneur. Il y a un peu de Famille Citrouillard (conte traditionnel que j’ai appris d’une gentille dame et que je conte aux enfants). Ti-Jean Citrouillard et ses deux frères seront transposés dans l’univers du dépanneur. Je dois aussi avouer que ce conte vient satisfaire l’envie que j’avais de raconter un vol au dépanneur. Au début, je voulais avoir un conte qui parle de Hold-Up, un vol à main armée qui tournerait à la comédie, mais mon idée de vol prend une tout autre forme, une forme inattendue.

Une fois le premier texte terminé, je vais le laisser mûrir encore un peu, dans le cahier, dans mon sac qui me suit partout. Et la semaine prochaine, je vais la relire ou directement la réécrire pour voir ce qu’il en reste, comment est-ce qu’elle aura poussé. Peut-être que j’aurais la chance de la conter (de la «casser») cet été?

Prochainement dans vos oreilles (ou sur ce blog): Fort LaBière

À propos de MarcAndreCaron

Enseignant le jour, ce grand gaillard se change en conteur lorsque vient le soir. Auteur des Contes du Dépanneur.
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